Anne-Marie Pascoli

Anne Marie Pascoli

La route des 20

2010

PRÉSENTATION

La route des 20 – 9ème édition.

Le (ou les) territoire de l’artiste existent-ils, si oui de quelle nature peuvent ils être ?

Intervention d’Anne-Marie Pascoli invitée par le groupe des 20 pour « La route des 20 2010 ».

# 5 janvier 2010 #

Notes de conférence :  

Autour de cette question je vais mettre en partage avec vous certaines réflexions issues de mon propre parcours de chorégraphe depuis 20ans (et plus particulièrement ces dix dernières années avec ma démarche Scène / Hors scènes) et la lecture de certains textes dont l’actualité toute récente (l’édition d’extérieur danse/ essai sur la danse dans l’espace public) apportent un témoignage sur une réalité partagée par de nombreux artistes chorégraphiques aujourd’hui.

J’ai envie de glisser du mot territoire à celui de collectivité vers le collectif et proposer en préambule de mon témoignage, cet extrait De Jacques Prunair

« Pour avoir mis la communauté au centre de nos activités et fait de chacun d’entre nous un carrefour au lieu d’une borne, nous comprenons mieux ce qu’est le collectif (artistique) : un montage singulier à plusieurs, un lieu d’échange où l’Autre n’est plus un accident de parcours mais bien un élément constitutif de soit. L’unité de l’homme ne se trouve nulle part ailleurs que dans cette confrontation de soi à soi en passant par l’autre. »

Jacques Prunair

Ce texte est déjà un espace où me situer, un territoire pour ma pensée et qui m’amène à croire que : 

Si le territoire est l’élément constitutif de la notion de collectivité, d’espace public, et que si  l’artiste se perçoit comme un élément à part entière de cette collectivité, la porosité entre l’espace intime que  constitue sa démarche artistique (espace privé et subjectif par excellence) et l’ensemble de l’espace public,  devient une question centrale.

Déjà dans les années 50, Anna Halprin (une des chorégraphes à l’origine de la post modern danse) évoquait en ces termes sa démarche hors normes : Une manière intuitive d’expérimenter une porosité à l’environnement physique et social.

Il me semble que l’endroit de cette « porosité », entre « espace de l’intime artistique »  et l’espace public porté par le territoire, est cette marge où peut s’inventer de « l’ensemble ».  Cette « marge »   est sans cesse à réinventer entre programmateurs au sein des théâtres, politiques culturelles, espaces culturels divers, patrimoine et populations et artistes.

C’est peut être dans une écoute respectueuse de « ce qui appelle » à l’intérieur de chaque territoire que s’inventent les formes artistiques libres de toute instrumentalisation, tant au niveau de la création que de sa rencontre avec les publics.

Il n’y a pas de modèle unique ni transposable, chaque territoire décline une personnalité tout comme une démarche artistique décline une singularité, néanmoins c’est bien dans cette rencontre là, qui n’a rien d’évident ni de facile que se joue la qualité de l’émission de l’objet artistique (sa création et les conditions de celle-ci), de sa médiation ( au sein d’une population) et de sa réception (dans les choix de sa monstration (le lieu du théâtre et les espaces publics).       

Le choix de chacun est important, il s’agit là à mon sens, d’un choix « désirant » et authentique, qui n’a rien à voir avec des choix  qu’on pourrait appeler « stratégiques » déconnectés du postulat premier de la collectivité donc du « collectif »

Le choix de l’artiste d’abord, dans son désir de décentrage de l’intime et de l’expérience extérieure. 

Quelle est sa « situation » ?  C’est-à-dire quel est le lieu où il se situe, tant dans les contenus de ses objets artistiques que dans les contenants de ces objets.

Dès que l’on accepte que l’événement que constitue le spectacle vivant associe à valeur équivalente d’attention, l’artiste, l’objet artistique, et ses modalités de rencontre avec  le public, la question du territoire devient une question hautement sensible et centrale.

A partir de là, la création de l’objet artistique et sa façon d’être vu deviennent indissociables des questions du où, du quand et du comment. C’est pour moi (et c’est un point de vue que je ne généraliserais pas) une posture définitivement politique. 

Quant à la question « est ce à l’artiste de transformer la population en public » ?  

Je reviens sur cette phrase de Prunair qui propose que :

« L’unité de l’homme ne se trouve nulle part ailleurs que dans cette confrontation de soi à soi en passant par l’autre. »

Ce lieu du passage, nécessite une certaine proximité, réelle  (proximité d’espace) ou symbolique  (proximité de perception).  Dans les deux cas,  il s’agit d’abord de pouvoir « toucher » ou « être  touché », par quelque chose, par quelqu’un.

Les « circonstances » de ce passage, de ce contact, sont l’affaire de tous. Affaire de désirs, de voyage, de nomadisme, ou au contraire de résidences.

Les territoires sont des lieux de circonstances, variables, variées, parfois prévisibles prévus, parfois impromptues, encore une fois il y est question de porosité.

Artaud disait, dans le « théâtre de la cruauté » :

« Dans l’état de dégénérescence où nous sommes, c’est par la peau qu’on fera entrer la métaphysique dans les esprits » 

Nous ne sommes spectateur que de ce que nous regardons, ce qui n’est pas vu n’existe pas, n’est pas désirable. Créer les circonstances du désir, c’est re questionner les lieux de visibilité, du passage, du contact.

De l’espace théâtral aux espaces publics, villes, jardins, musées, hôpitaux, prisons, écoles, etc

Je terminerai par ce texte de Deleuze dans « pour parlers » qui résume pour moi, s’il existe, la nature du territoire de l’artiste.

« Avoir, donner le goût pour chacun de dire des choses simples en son propre nom, de parler par affects, intensités, expériences, expérimentations. Dire en son propre nom,  c’est très curieux ; car ce n’est pas du tout au moment où l’on se prend pour un moi, une personne ou un sujet, qu’on parle en son nom. Au contraire, un individu acquiert un véritable nom propre, à l’issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation, quand il s’ouvre aux multiplicités qui le traversent de part en part, aux intensités qui le parcourent.

Une dépersonnalisation d’amour et non de soumission.

On parle du fond de ce qu’on ne sait pas, du fond de son propre sous développement à soi. On est devenu un ensemble de singularités lâchées, des noms, des prénoms, des ongles, des choses, des animaux, de petits événements : le contraire d’une vedette. »

Ce qui répond aussi à la dernière question sur « les parcours obligés » et l’instrumentalisation des artistes.

Merci de m’avoir écouté.

Anne Marie Pascoli

Définition du petit Robert

Territoire :

> Etendue de la surface terrestre sur laquelle vit un groupe humain, et spécialement, une collectivité politique nationale.

> Elément constitutif de la collectivité ou limite de compétences

> Etendue de pays qui jouit d’une personnalité propre mais ne constitue pas un état souverain.

> Zone qu’un animal se réserve et dont il interdit l’accès à ses congénères.

Proposition de déroulement pour le 5 janvier matin :

Introduction par Jean-Louis Sackur

1- Parole à un politique : Michel va demander à Claude Bertrand, Vice président du Conseil Général de l’Isère.

2- Un directeur de théâtre de centre ville : Didier Le Corre à Albertville

3- Un directeur de théâtre à la périphérie d’une grande ville : Michel Belletante à l’Amphithéâtre de Pont de Claix

4- Témoignage d’une cie de danse : Anne-Marie Pascoli

5- Témoignage d’une cie de théâtre : le Théâtre de la Querelle, Marijke Bendleem

Les interventions ci-dessus pourraient se décliner selon ces 3 axes :

  • définition du territoire : géographique, politique, celui de l’artiste ?
  • de la population au public : est-ce à l’artiste de transformer la population en public ?
  • les « parcours obligés » ou la question de l’offre et de la demande : instrumentalisation des artistes ? Les critères d’évaluation.

Synthèse de Jean-Louis Sackur pour introduire le débat.

Dialogue avec la salle.

Modérateurs : Jean-Louis Sackur, Didier Le Corre et Michel Belletante.

Penser à introduire la question des critères d’évaluation dans les thèmes de discussion. Cela permet de se connaître, de connaître les contraintes de chacun.

Conclusion : Thierry Vautherot, président du Groupe des 20 Rhône-Alpes.

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